«Assalam alaikoum». C’est la première chose que Julian, un Allemand de 22 ans dit avoir appris dès son arrivée au Maroc. Ce dernier est l’un des jeunes Allemands qui ont choisi de se porter volontaire dans le cadre d’un programme de volontariat mené par l’organisation internationale EIRENE.
Ainsi, il est depuis bientôt 6 mois, bénévole dans une association luttant pour la promotion des droits de l’enfant à Marrakech. Pour lui, cette période passée au Maroc est une expérience nouvelle. «J’ai voulu vivre pendant un moment dans un pays étranger et j’ai choisi le Maroc. Mon séjour dans ce pays m’a également offert l’occasion de passer un service civil en tant que bénévole au lieu de faire un service militaire en Allemagne», explique t-il. Malgré quelques difficultés liées notamment à la communication avec son entourage, il dit qu’il s’adapte petit à petit à son environnement nouveau. «Je travaille actuellement avec l’association Al karam, une organisation qui s’occupe des enfants en situation difficile. Durant les trois premiers mois, j’ai travaillé dans le pôle éducation. Ma mission consistait à animer des cours de soutien scolaire. Actuellement, je travaille dans le pole administratif», poursuit Julian qui a devant lui encore sept mois avant de terminer son service de volontariat. En effet, les bénévoles allemands doivent passer un période de 13 mois au Maroc avant de rentrer dans leurs pays. Mais Julian affirme qu’il ne s’est pas encore décidé sur son retour en Allemagne. Il affirme qu’il pourrait même continuer son travail avec EIRENE au-delà de la période de son service civil.
D’autres jeunes Allemands ont également choisi le Maroc. C’est le cas pour Katharina, bénévole à l’association « Femmes et Action» à Rabat. Tout comme Julian, elle a bénéficié d’une formation sur la darija pour être capable de communiquer avec les femmes bénéficiaires des activités de l’association. Agée de 19 ans, Katharina vient de décrocher son baccalauréat, mais elle a décidé de retarder ses études supérieures pour embrasser une petite carrière de bénévole au préalable. Au début de son séjour, elle a également rencontré quelques difficultés. «Je devais communiqué avec des femmes en arabe alors que je n’avais jamais étudié cette langue à l’école. Je trouvais également une grande difficulté pour trouver un moyen de transport pour aller à l’association.
Dans certains cas, je prenais un grand taxi pour y aller mais encore une fois c’était difficile de communiquer avec les chauffeurs», affirme Katharina. Celle-ci est Julian ne sont les seuls Allemands à trouver certaines difficultés pour s’intégrer dans la société marocaine. D’autres bénévoles ont rencontré des problèmes similaires. Et c’est pour mieux accompagner ses bénévoles que EIRENE a créé une antenne au Maroc.
Longue absence
Après une absence qui a duré 37 ans, EIRENE a effectué son retour au Maroc il y a trois ans. Cette ONG allemande fut l’une des toutes premières organisations non gouvernementales à mener des actions au Maroc d’après indépendance. En effet, les premières activités d’EIRENE remontent à la fin des années 50. Ces actions étaient destinées à cette époque principalement aux petits paysans et aux réfugiés fuyant la guerre en Algérie. «Le but de notre organisation n’est pas de se substituer aux autorités dans un pays. Notre rôle se limite à apporter de l’aide dans certains secteurs d’activité. En 1970, nous avons vu que le Maroc était capable de gérer seul les projets que nous avons co-pilotés durant une certaine période.
C’est pour cette raison que nous nous sommes retirés avant de revenir en 2007 avec des projets nouveaux», déclare Thomas, d’EIRENE Allemagne.
Le retour au Maroc en 2007 a été donc marqué par le démarrage d’un programme de volontariat. Un groupe de jeunes Allemands devait venir chaque année au Royaume pour intégrer une association marocaine en tant que bénévoles. En 2008, ce programme a reçu un coup de pouce de la part des autorités fédérales allemandes. Ainsi, l’organisation a pu envoyer plus de volontaires à l’étranger notamment au Maroc grâce au programme «en avant dans le monde» mis en place par le gouvernement fédéral allemand. «Conformément au slogan ‘’apprendre en aidant les autres”, le programme «weltwarts» se veut un service d’apprentissage offrant aux jeunes la possibilité de vivre un échange interculturel dans les pays en développement tout en encourageant de manière durable un monde uni», explique Niedermeyer, de l’ambassade d’Allemagne.
Aujourd’hui, ils sont une dizaine de bénévoles allemands à travailler au sein d’organisations marocaines œuvrant dans différents domaines de l’éducation à la protection des enfants en situation difficile en passant par les droits de l’homme.
Pour faire un bilan sur cette expérience, ces jeunes se sont réunis durant ce week-end à Bouznika dans la cadre du deuxième séminaire international d’EIRENE sur le travail des bénévoles et les partenariats internationaux. Cette manifestation a également réuni des représentants d’ONG marocaines. Ils sont tous venus pour procéder à une évaluation des acquis et échanger les points de vue sur cette expérience et surtout se mettre d’accord sur les moyens à mettre en œuvre pour fructifier le programme.
Dans la majorité, ces jeunes Allemands sont des bacheliers qui ont décidé de faire un break avant de continuer leurs études supérieures en devenant des bénévoles. Ils sont par la suite envoyé dans d’autres régions du globe notamment en Amérique Latine mais également en Europe et en Amérique du Nord. Plusieurs pays africains accueillent également des volontaires allemands comme le Burkina, le Mali et le Maroc.
Volontariat
Même s’ils n’ont pas des qualifications pointues dans un domaine particulier, ces bénévoles sont animés d’une véritable passion pour le volontariat et le travail associatif. Toutefois, l’intégration des volontaires dans leur nouvel environnement peut prendre du temps. Pour leur part, les responsables d’EIRENE Maroc affirment qu’un dispositif d’accompagnement a été mis en place pour aider les bénévoles à s’intégrer rapidement dans la société marocaine.
A leur arrivée, ces jeunes allemands suivent tous des cours intensifs en dialecte marocain pour pouvoir communiquer facilement avec leur entourage. «Nos essayons également d’initier les jeunes volontaires aux champs d’actions des associations qu’ils rejoignent au Maroc. Mais d’une manière générale, il existe des écarts importants entre les formations théoriques données à nos bénévoles et le travail associatif sur le terrain. C’est pour cette raison que nous avons décidé d’ouvrir un bureau au Maroc spécialement pour accompagner ces jeunes au cours de leur passage dans une association», explique Susanne quireprésente EIRENE au Maroc depuis juillet dernier. Depuis cette date, elle est aussi conseillère technique à la LDDF (Ligue démocratique des droits de la femme)…à titre bénévole !
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Point de départ
Les premières activités de cette organisation allemande ont été consacrées au soutien et au conseil de petits paysans et à l’accueil des réfugiés fuyant la guerre en Algérie. En 1959 EIRENE a débuté son travail dans un orphelinat à Azrou. En 1960, les volontaires bénévoles de l’organisation sont venus en aide à Khémisset à des milliers de personnes, victimes d’un empoisonnement dû à la consommation d’une huile de cuisine frelatée. La même année, ils sont intervenus à Agadir, détruite alors par un tremblement de terre. Ils ont mis en place notamment un village de tentes pour des victimes sans abri. A partir du milieu des années 60, EIRENE a concentré ses activités au Maroc dans la formation professionnelle de jeunes défavorisés. Ce vaste programme a été remis aux marocaines à la fin des années 70. L’organisation s’est ensuite retirée du pays. En 2007, EIRENE a décidé de redémarrer ses activités au Maroc. Des collaborateurs et des volontaires bénévoles travaillent dans le cadre d’organisations de la société civile, partenaires d’EIRENE, dans les domaines de la promotion de la femme et de la défense des droits humains et œuvrent auprès des enfants et de la jeunesse.
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Suspension
En 2008, EIRENE a commencé à bénéficier d’un programme piloté par le ministère des Affaires étrangères permettant l’envoi d’un plus grand nombre de bénévoles allemands. Cependant, quelques temps seulement avant la tenue des élections législatives en Allemagne, des organisations extrémistes avaient lancé des messages sous forme de menaces envers l’Allemagne. Les responsables du ministère allemand des Affaires étrangères ont décidé alors de suspendre l’envoi de bénévoles notamment dans la région du Maghreb. Une suspension qui court toujours malgré le changement effectué à la tête de la diplomatie allemande. Pour leur part, des responsables allemands ont souhaité l’annulation de cette décision avant la prochaine vague de nouveaux candidats au bénévolat.